19.03.2009

Contrerimes XIX

                                              Rêves d’enfant.

Circé des bois et d’un rivage
    Qu’il me semblait revoir,
Dont je me rappelle d’avoir
    Bu l’ombre et le breuvage ;

Les tambours du Morne Maudit
    Battant sous les étoiles
Et la flamme où pendaient nos toiles
    D’un éternel midi ;

Rêves d’enfant, voix de la neige,
    Et vous, murs où la nuit
Tournait avec mon jeune ennui...
    Collège, noir manège.

 

30.10.2008

Contrerimes LXX

La vie est plus vaine une image
    Que l’ombre sur le mur.
Pourtant l’hiéroglyphe obscur
    Qu’y trace ton passage

M’enchante, et ton rire pareil
    Au vif éclat des armes ;
Et jusqu’à ces menteuses larmes
    Qui miraient le soleil.

Mourir non plus n’est ombre vaine.
    La nuit, quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton cœur :
    C’est une étrange peine.

12.09.2008

Contrerimes VI

Il pleuvait. Les tristes étoiles
    Semblaient pleurer d’ennui.
Comme une épée, à la minuit,
    Tu sautas hors des toiles.

— Minuit ! Trouverai-je une auto,
    Par ce temps ? Et le pire,
C’est mon mari. Que va-t-il dire,
    Lui qui rentre si tôt ?

— Et s’il vous voyait sans chemise,
    Vous, toute sa moitié ?
— Ne jouez donc pas la pitié.
— Pourquoi ?... Doublons la mise.

15.07.2008

Contrerimes XLV

Molle rive dont le dessin
     Est d'un bras qui se plie,
Colline de brume embellie
     Comme se voile un sein,

Filaos au chantant ramage -
      Que je meure et, demain,
Vous ne serez plus, si ma main
      N'a fixé votre image.

13.04.2008

Contrerimes XL

L'immortelle, et l'oeillet de mer
      Qui pousse dans le sable,
La pervenche trop périssable,
      Ou ce fenouil amer

Qui craquait sous la dent des chèvres
       Ne vous en souvient-il,
Ni de la brise au sel subtil
       Qui nous brûlait aux lèvres ?

26.03.2008

Contrerimes 1

Avril, dont l'odeur nous augure
Le renaissant plaisir,
Tu découvres de mon désir
La secrète figure.

Ah, verse le myrte à Myrtil,
L'iris à Desdémone :
Pour moi d'une rose anémone
S'ouvre le noir pistil.

25.03.2008

Pour débuter

Voici quelques poèmes de Paul-Jean Toulet tirés de son chef-d'oeuvre, Les Contrerimes. Son recueil est normalement divisé en quatre parties, Contrerimes, Chansons, Dixains, Coples. Je piocherai ici et là en précisant bien sûr la place initiale de chaque poème.

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